Un Corps Invaincu

Photo prise aujourd’hui à J+7. On s’accordera pour dire que les soutifs d’allaitement c’est pas toujours Coppacabana, but who cares? (Ensemble éthique en coton bio Peau-Ethique <3)

Aucun autre organe ne peut s’apparenter à l’utérus. Si les hommes avaient un organe comme celui-ci, ils s’en vanteraient. Et c’est d’ailleurs ce que nous devrions faire.” Ina May Gaskin (aka la sage-femme la plus célèbre au monde).

Nous sommes en début d’année alors je tenais à vous exprimer mes vœux les plus sincères pour cette nouvelle page qui s’ouvre devant nous.

Puissiez-vous faire de 2016 votre terrain de jeu, ne subissez rien. Faites une clef de bras à la vie et lâchez pas. Aimez-vous, aimons-nous. Je nous souhaite de ne plus avoir peur.

Pour ma part 2016 démarre en fanfare : Cela fait une semaine que je ne suis plus enceinte.

Pour la deuxième fois nous avons mis au monde une merveilleuse petite personne qui transformera à jamais notre existence.

L’expérience de la naissance marque un moment d’une intensité hors du commun, un champ de bataille qui mobilise toutes nos fonctions physiologiques et notre cerveau primitif, le siège de nos instincts qui ressent mais ne rationalise pas.

Accepter le corps rompu, de sentir son giron traversé par des rafales, cet inconfort extrême qui est pourtant notre allié et travaille de concert avec nous pour conduire l’hôte aimé de la matrice vers la lumière.
Plier sous les secousses mais se dire que ça ne durera pas, que ces sensations intenses ont une utilité et un sens…
Je ne suis pas morte au combat, j’y suis née, à nouveau.

La résilience du corps féminin est fascinante. Cette machinerie si complexe mais pourtant si docile, qui l’espace de 9 mois fera office d’incubateur, se verra étirée, lestée, pompée, puis contractée, écartelée, pour finir expurgée, éreintée mais jamais vaincue.

Je ne me suis jamais senti aussi forte, aussi puissante qu’en ce moment. Puissante parce que mon corps a su faire. Indépendante et auto-suffisante, avec ses 10 kilos de bagages excédentaires sur mes hanches et sur mes cuisses qui serviront à nourrir ma progéniture aussi longtemps qu’elle en aura besoin.
Invaincue parce que j’ai su traverser, cette fois-ci en pleine conscience cette expérience quasi-mystique.

Bordel, j’ai poussé une âme hors de mon corps.

J’ai été broyée par des vagues plus grandes que moi pour la présenter au monde. Je me sens comme cet os qui pour se remettre de sa fracture, se couvre de callosités et s’en trouve plus fort que jamais.

J’ai parfois cru me noyer, j’ai perdu pied chaque fois que j’essayais de penser au lieu de laisser faire. Le cerveau discursif n’a pas sa place dans ces moments là, alors j’ai tenté de lâcher prise, du mieux que j’ai pu, même lorsque l’environnement n’était plus favorable, et que jai été expropriée de ma bulle en quittant au dernier moment le confort apaisant de mon foyer.

Je me sens comblée, exaltée, excitée par la perspective de cette vie à 4 et l’envie de faire toujours mieux, de devenir quelqu’un de meilleur, pour moi, pour mes enfants, et pour les Autres.

Mon corps pleure littéralement le vide, mais mon cœur n’est qu’allégresse.
Je vois maintenant la grâce.
J’entends la mélopée d’une vie toute neuve.
Je sens son étreinte sur mon sein.
Je connais le goût des larmes de joie.

Mes sens sont repus.

Tout est à sa place.

Vous aimerez peut-être