Vous devez absolument lire Saga, la série comics épique de Brian Vaughan ? (Critique Saga comics)
Critique Saga comics
Quelque part dans une galaxie lointaine, un atelier de carrosserie désaffecté, au cœur d’une petite étoile en perdition du nom de Cleave (Clivage en version française), un bébé est sur le point de venir au Monde. Ses parents l’appelleront Hazel. Alana et Marko sont deux aliens que tout oppose. Elle, est issue de la planète Landfall ; lui, de son satellite naturel Wreath. Leurs peuples respectifs se livrent une bataille sans merci depuis des lustres… Bienvenue dans Saga, la série de comics qui vous rendra accro.

LE SCENARIO

Alana, combattante au sein des troupes armées “landfaliennes”  était responsable de la surveillance de Marko alors prisonnier de guerre. Il ne leur faudra pas longtemps pour tomber fous amoureux l’un de l’autre. Réalisant que cette guerre sans fin ne les concerne pas, il ne leur reste qu’une seule solution : déserter.

Tous deux soldats dans des camps adverses, appartenant à deux espèces différentes, leur relation est considérée comme une aberration contre-nature. Les forces au pouvoir entendent bien leur faire payer cet acte de haute trahison et s’emparer de Hazel , l’enfant née de leurs amours interdites, un symbole dangereux pouvant compromettre certaines ambitions politiques et la pérennité de la guerre.  S’en suit une course poursuite épique à travers la galaxie, à la recherche d’une terre d’asile où leur famille et leur amour pourraient exister, envers et contre tous. Ça vous rappelle quelque chose ?

Critique Saga Comics

Mon temps de cerveau disponible ayant été réduit de manière drastique, j’étais à la recherche d’une œuvre divertissante, légère, facile à lire. C’est ainsi qu’au détour d’une demande sur Facebook, Saga m’a été conseillé par plusieurs de mes contacts.

Saga est une série de Comics Books américaine, multi-primée (Harvey awards, Eisner awards et d’autres) créée et scénarisée par  Brian Vaughan, un dramaturge et  scénariste a qui l’on doit entre autre Y the Last Man. Elle est mise en images par   Fiona Staples, illustratrice, encreuse et coloriste de génie originaire du Canada qui officie dans le domaine du Comics book depuis plus de dix ans. Un trait vif, nerveux, des images splendides et chatoyantes, le travail de Fiona Staples est reconnaissable entre mille !

Saga c’est la collision du Space opéra et de la Fantasy sur fond de motivations shakespeariennes à la sauce Game of Thrones. Rien que ça ! La série est commercialisée par Image comics et se découpe en volumes avec une fréquence de publication d’environ un volume tous les 6 mois en dehors des périodes de relâche.

 

Saga : DES PERSONNAGES HAUTS EN COULEURS

Critique Saga Comics

Mais Saga ne serait rien sans cette fresque de personnages baroques et interconnectés qui nous sont introduits au fur et à mesure que l’intrigue avance. Nourrisson aux débuts du récit, c’est une Hazel supposément adulte que l’on retrouve à la narration, et ce pour notre plus grand plaisir. Ses commentaires candides sur les aléas de la vie de fugitif-ve-s, ses souvenirs cocasses d’enfant interstellaire, la chronique décomplexée des amours passionnés de ses parents, sont autant de leviers qui nous happent et nous impliquent rapidement au cœur de l’histoire.

Sa mère, Alana est une jeune femme intrépide, courageuse et pleine d’humour qui s’est enrôlée dans l’armée pour fuir un quotidien pesant. Marko, son père, est lui originaire du satellite Wreath. C’est un un combattant émérite qui manie aussi bien l’épée que les sortilèges propres à son espèce. En dépit de ses aptitudes martiales hors du commun, c’est un idéaliste au cœur pur. Objecteur de conscience, végétarien et pacifiste dans l’âme, il finira par se rendre aux forces ennemies. C’est dans ce contexte et en temps que prisonnier qu’il rencontre Alana avec qui il finira par fuir et convoler en justes noces.

 Critique Saga Comics

 

 Hazel, leur nouvelle née est perçue comme une abomination dans les deux camps et nos nouveaux parents mettent tout en œuvre pour préserver son innocence et la protéger de la cruauté environnante. La survie est rude pour nos héros-ïnes, poursuivi-e-s tour à tour par les forces armées de leurs planètes respectives, Prince Robot IV un robot monarque à tête de téléviseur, The Will un chasseur de prime accompagné d’un chat détecteur de mensonge surnommé Lying Cat … et l’ex au cœur brisé de Marko, l’extraordinaire Gwendoline !

 Critique Saga Comics

Ladies and Gentlemen, GWENDOLINE !

SAGA, UNE SÉRIE COMICS AU STYLE UNIQUE

 

Am I shitting ? It feels like I am shitting ! ” – Alana sur le point de donner naissance à Hazel

 Brian vaughan vient d’ouvrir les festivités ! Il ne se refuse rien et explore quantité de sujets tabous ou méconnus. Cette première ligne fait référence à l’apparition d’une sensation de pesanteur au niveau de l’arrière train à la fin d’un accouchement. Cette sensation qui rappelle – comme dirait Mémé –  l’envie d’aller à la selle est un des signes évocateurs de l’imminence de la naissance. En progressant dans le bassin, le bébé fait pression au niveau du rectum (je n’arrive pas à croire que je viens d’écrire ce mot ici), d’où cette impression de « bébé va se faire la malle par la porte l’arrière ».

Saga est une œuvre crue et ambitieuse qui ne passe pas à la gomme les petits détails de la vie, même les plus prosaïques. Vous l’aurez compris, notre ami Brian ne recule devant aucune fantaisie pour enrichir son discours et ancrer ses personnages dans leur vérité. Aucun thème ne lui fait peur. Non content d’avoir foulé au pied la naïveté de milliers de lecteur-ices avec ses premières lignes, il poursuit dans sa lancée avec une introduction à la naissance orgasmique, il fallait le faire !

Un bébé allaité à la demande par une mère en armes hyper badass, un papa poule, roi du lange et du portage en écharpe en plein chaos… Autant de petits détails qui font écho à ma vie familiale et qui conséquemment n’ont pas pu m’échapper. Vaughan lui même père de deux enfants a l’air d’en connaître un petit rayon sur la périnatalité conjuguée au naturel. Ces éléments ne sont pas au centre du récit mais ils l’enrichissent de manière novatrice et c’est très agréable.

 Critique Saga Comics

Dans l’univers du comics, Saga rayonne par sa singularité, entre autre de par son aspect graphique,  son réalisme, sa manière de dépeindre la sexualité, sa narration impertinente et ses dialogues percutants. Le travail graphique de Fiona Staples y est incroyable, son imagination ne connaît aucune limite. Ses dessins comportent juste ce qu’il faut de détails, des couleurs chatoyantes, des déclinaisons de camaïeux, des jeux d’ombres et de lumière qui donnent une profondeur particulière à ses personnages. Son travail sur les regards est saisissant et saura vous faire ressentir la profondeur d’un attachement ou la plus intense des frayeurs.

Le style d’écriture est mordant, le langage est fleuri, les personnages ne se font pas de cadeaux, pas même nos deux amants. Pour autant, aucun juron, aucune blague graveleuse n’est gratuit et toutes les situations, même les plus loufoques s’imbriquent avec pertinence et naturel dans le tableau final. C’est un ravissement de voir évoluer ces personnages aussi terre à terre et réalistes dans un univers de science–fiction fantasque qui n’a rien à envier à Star Wars. Au delà de sa mise en scène volontairement oxymorique, c’est une œuvre cohérente qui sait ou elle va et ne se contredit pas d’un volume à l’autre. Vaughan a d’ailleurs une idée bien arrêtée sur la façon dont il tirera le rideau…

 

UNE SAGA EN DEHORS DES SENTIERS BATTUS

L’amour, qu’il soit romantique ou filial est un des thèmes fondateurs de Saga, pour autant on ne tombe jamais dans le roman à l’eau de rose. L’histoire explore de manière touchante les aléas que peuvent traverser un couple, à fortiori après la naissance de leur premier enfant, qui plus est dans des conditions aussi particulières. En dépit du lien indéfectible qui les unit, Alana et Marko traversent au sein de leur foyer des épreuves des plus triviales qui ne manqueront pas de résonner avec certain-e-s d’entre nous.

La routine qui éloigne, la fatigue du quotidien, les interactions qui s’automatisent, les doutes qui s’immiscent en période d’adversité y sont dépeints avec beaucoup d’authenticité. SAGA explore les absurdités de la guerre, la vie de réfugiés et les petits bonheurs de la vie de famille avec fraicheur et impertinence. Pour ne rien gâcher, la parentalité y est traitée avec beaucoup de grâce et de justesse.

Saga, c’est aussi une œuvre féministe, une ode à la liberté et au droit de disposer de sa vie comme on l’entend, peu importe les circonstances. Les femmes représentées sont combatives, déterminées et suivent leur propre agenda. A ce titre, Vaughan n’a pas hésité à bousculer les schémas familiaux traditionnels…

On l’a vu plus haut, Saga porte un message politique, explore des thèmes variés, bouscule les barrières sociales et nous pousse à envisager le monde dans toute sa diversité. Il n’est donc pas étonnant d’y trouver un effort d’inclusion manifeste. Même si les protagonistes principaux sont calibrés de façon plus ou moins mainstream, gravitent autour d’eux une pluralité de corps, de carnations, de genres, des personnages aux anatomies patchwork, sans intention d’en faire des objets comiques. Saga nous pousse à envisager toutes ces différences comme coulant de source.

 Critique Saga Comics

Vaughan met en scène une jeune femme transgenre, un couple d’hommes à des places pivot dans le récit, questionne les discriminations sans tomber dans le piège de l’essentialisation ou de la caricature. Fini les personnages pré-mâchés,les vilains monofacettes. On se surprend même à comprendre les motivations des antagonistes et à entrer en connexion avec leurs quêtes et leurs luttes alors même qu’elles se télescopent avec celles de nos personnages principaux .

Saga est riche en contenu sensible, Brian Vaughan n’a reculé devant aucun tabou, aucun détail sulfureux qui serait propice à l’enrichissement de son récit. C’est une œuvre réservée à un public ADULTE et AVERTI. Elle heurtera forcément certaines sensibilités. J’ai moi-même plusieurs fois grincé des dents, cligné des yeux, réprimé des hauts le cœur face à certaines images ou situations.

Vous êtes prévenu-e-s.

CONCLUSION

C’est avec beaucoup d’humour que Vaughan décrit son œuvre comme un « Star Wars pour les pervers » mais c’est bien plus que ça. L’histoire est touchante à vocation universelle, les personnages sont superbes dans leur exécution, authentiques dans leur expression. Le stylisme est moderne et audacieux, les dialogues sont pleins d’esprit, et surtout ils sont crédibles.

Alana, Marko et tous les autres sont plus vrais que nature, tout en nuances et variations. L’alchimie entre nos deux amoureux au charme ravageur fonctionne à merveille. L’atmosphère est pour le moins  scabreuse, et pourtant, si comme moi vous êtes fleur bleue, vous y trouverez votre compte. Y’a pas à dire l’amour vrai c’est tout de même sacrément sexy !

Le volume 7 sortira en avril prochain et autant vous dire que je suis au taquet. J’ai dévoré les cinq premiers tomes et j’ai poussé le vice jusqu’à différer l’achat du volume 6 sorti en juillet dernier afin d’avoir un peu de substance à me mettre sous la dent au mois d’avril. Si les spécificités mentionnées plus haut ne vous font pas peur, alors foncez !

En définitive, mon bilan SAGA, se décline comme suit :

  1. des fous-rires à la pelle
  2. une pudeur chahutée par un auteur sadique et une illustratrice machiavélique
  3. une déclinaison de moues perplexes/écœurées/dubitatives
  4. de nombreux instants de sidération
  5. des instants inoubliables de rêve éveillée

SAGA, c’est plus fort que toi. (Seul-e-s les ancien-ne-s comprendront)

 

Bon alors Saga, vous connaissiez ? Est-ce que ça vous tente ? Des idées de lectures annexes à partager avec moi ? Dîtes-moi tout !

 

 

 Critique Saga Comics

SAGA

SAGA
9.25

Scénario

9/10

    Illustrations

    10/10

      Les +

      • un scénario rocambolesque
      • des illustrations saisissantes
      • des personnages attachants et hauts en couleur
      • la diversité et l'inclusivité
      • Alana + Marko +Gwendoline <3

      Les -

      • à réserver à un public averti