Réflexions Décousues sur l’Amour de la Beauté

Erykah Badu sous les traits de Hathor, divinité égyptienne de la Beauté, de la Maternité et de la Musique entre autres choses. En bref: ma go sûre.

J‘en entends souvent qui jugent avec condescendance les personnes qui se font belles. Dans mon système de pensée personnel, prendre soin de soi, fût-il (ahah) question de sa chair ou de son esprit n’est pas nécessairement un vice et peut même constituer une vertu. Cela peut s’inscrire dans l’amour de soi et l’affirmation de sa personne. L’être humain est à considérer tel un ensemble. Un ensemble constitué du corps, de l’âme (pour qui le souhaite) et de l’esprit. Le sacro-saint encéphale lui même a besoin du corps comme vaisseau pour accomplir ses desseins. Chacune de ces parties est essentielle au Tout qu’elle constitue et influe sur les autres. Ce qui compte alors c’est l’équilibre. Partant du corps, se faire be-au-lle, c’est se tourner d’abord vers soi, se remplir d’amour et de confiance avant de se tourner vers l’extérieur.

Il n’est nul besoin de dépouiller le corps pour lester le cœur ou l’esprit.

C’est ainsi que l’on devrait interpréter la citation de Juvénal “Mens sana in corpore sano” – Un esprit sain dans un corps sain. Ne délaisser aucune de nos dimensions nous inscrirait alors dans un processus de développement global qui nous ferait vivre plus fort. Cela peut être en définitive un moyen d’embrasser pleinement ce que l’on est, en jouant tant bien que mal des codes esthétiques parfois étouffant inhérents à chaque société.

L’être humain est un Tout indivisible, il est à ce titre inutile d’établir des dualités stériles. La coquetterie peut très bien cohabiter avec la profondeur, l’humanisme, ou la générosité. Je suis même convaincue que l’on peut tout cultiver en synergie. Une vertu en influençant positivement une autre par capillarité. Le corps entraîne l’esprit et l’esprit façonne la représentation que l’on se fait de notre corps. Et je déplore les amalgames d’une société qui veut tout segmenter, où l’ignorance et les clichés veulent par exemple que pour certain-e-s, le féminisme soit l’abandon du corps, alors qu’il peut être un moyen formidable de le réinvestir par delà les carcans et les injonctions.

En ce qui me concerne, je suis toujours attendrie par la coquetterie. Pour moi c’est une manière de dire non pas “Aimez-moi” mais plutôt “Je me kiffe, soyez-en témoins !”

Attention, je ne dis pas que la coquetterie est un pré-requis absolu pour accéder à l’amour de soi mais bien qu’elle peut être une de ses manifestations. C’est d’ailleurs encore plus prégnant quand on appartient à des groupes ne correspondant pas aux canons de beauté en vigueur. Peaufiner ses atours alors qu’on est en marge, c’est aussi une façon de dire à l’adversité « Je ne désinvestis pas ce corps, je le célèbre malgré le poids de vos injonctions. Je m’aime envers et contre tout. »

Toutefois l’on peut aussi très bien être coquet-te par détestation du Soi, ou parce qu’on s’y sent contraint-e, recherchant à tort la paix intérieure dans le regard et la validation des Autres. De la même manière que l’on peut s’aimer intensément et considérer qu’à ce titre, tout agencement de ce qui se VOIT est non-nécessaire à la célébration de ce qui EST. Rien n’est gravé dans le marbre, tout est possible et ce n’est pas aux autres de décider.

Il n’est pas forcément question de vanité ou de narcissisme mais simplement de se traiter avec la plus grande des déférences en sublimant ce qui fait l’aspect le plus visible de notre unicité : notre apparence.

La stigmatisation primaire des choses de la Beauté et de l’Esthétique (sens philosophique) ne mène nulle part. Certain-e-s aiment collectionner des timbres,  d’autres se faire joli-e. Pour autant, personne ne trouvera rien à redire aux premier-e-s, dont la préoccupation n’influencera pourtant pas plus les rapports diplomatiques entre les peuples que mon dernier rouge à lèvres. Les menus arrangements jugés superficiels peuvent avoir une dimension spirituelle très forte. Dans certaines cultures, on se pare pour se rapprocher du Divin ou pour accéder à l’Illumination. Ces dimensions sont malheureusement  absentes de nos symboliques occidentales où ce qui touche à la Beauté flirte souvent avec des dynamiques d’oppression ou de domination.

Je remarque souvent une propension à ironiser ou à s’excuser de ses propres fantaisies et je trouve cela bien dommage. Il n’y a rien à sacrifier sur l’autel de l’Esthétique. Ni sa morale, ni son esprit. Du moins ce n’est pas un passage obligé. Il faut prendre la quête de Beauté pour ce qu’elle est souvent : un plaisir désintéressé qui se suffit à lui-même.

Aimons-nous sans complexes, rendons honneur à cette vie qui nous anime et chérissons chaque facette de notre Être avant qu’il ne soit plus.