Keith Haring : The Radiant Child

KEITH HARING

*Je préviens en amont, ce post, traitant de Keith Haring , artiste cher à mon cœur est un peu long. Si ça saoule de lire (ce que je comprends amplement), on peux regarder,  juste les images, parce que les symboles sont forts et valent la peine d’être vus.

Avant-hier, je suis allé voir une expo que j’attendais depuis très longtemps et vu qu’on a dit qu’on allait partager plus, j’ai eu envie, très envie de vous en parler. En conséquence de quoi, aujourd’hui on inaugure une nouvelle catégorie, avec des morceaux de qui je suis dedans. L’expo en question s’intitule « Les Hiéroglyphes de Keith Haring » et ce fameux Keith est une référence majeure pour moi.

Pour vous faire un petit topo, Keith c’est un mec issu de la classe moyenne Américaine qui va révolutionner l’art contemporain. Né à Pittsburgh, Papa est ingénieur passionné de BD et maman Mère au foyer. Le papa initie son petit au dessin qui développe alors une passion frénétique, se met à gribouiller partout, allant jusqu’à créer ses propres BD. Il veut être artiste, Papa et Maman s’inquiètent un peu. Il se tourne alors vers le design publicitaire.

Seulement voilà, le graphisme commercial a vite fait de le saouler. Keith le pétulant a besoin d’autre chose et le dessin normalisé c’est franchement pas sa came. Ce qu’il cherche, c’est un truc plus impétueux, plus animé. Il rêve d’émancipation et de liberté, il se rend alors à New York. A cette époque “Big Apple” c’est la ville de tous les possibles, un Eldorado  pour un jeune homme qui voulait faire connaitre son art et vivre son homosexualité au grand jour.

La journée, armé de bombes, de craies ou de tubes d’acrylique, il utilise les panneaux publicitaires du métro New-Yorkais, les poubelles, les murs, le mobilier urbain en tant que support créatif. La nuit, il crèche alors au célèbre Club 57,  plateforme tournante de tous les artistes émergents où il participe à des exhibitions. Il y côtoie entre autres Andy Wahrol , Klaus Nomi , Kenny Scharf ou encore un certain Jean-Michel Basquiat qui deviendra bientôt un de ses  plus proches amis…

Basquiat & Keith Haring

#popart

Sans pour autant être passéiste, je suis très sensible à toute cette mouvance contestataire et avant-gardiste du New-York des années 80. L’on ne peut que saluer le dynamisme et la fougue de cette contre-culture qui fustigeait avec audace tous les maux de son époque. Haring, c’est un peu un condensé d’influences qui trouvent en moi une résonance toute particulière. Entre sa fascination pour l’Égypte Antique, sa volonté de ne jamais rompre avec l’enfance, et son amitié avec Jean Michel Basquiat (dont le travail me retourne  les tripes mais on y reviendra) je ne pouvais que l’aimer…

Ses œuvres sont d’une pureté rare, presque solaire,  elles représentent de véritables idéogrammes avec une ligne graphique soutenue, des aplats de couleurs cerclés de noir et une représentation toute particulière du mouvement, de la grâce et de l’aura. En témoigne son fameux bébé radiant, symbole d’espoir, d’innocence et d’énergie vitale. Son travail était un véritable hymne à l’enfant, à l’amour et à la fraternité.

A l’instar d’un Jean-Michel Basquiat,  c’était un véritable génie dans son domaine. Un jeune homme passionné d’histoire et de littérature qui a poussé la rigueur iconographique jusqu’à la création de SES propres alphabets. Certaines de ses œuvres demeurent alors, de véritables représentations mystiques regorgeant d’anagogies cachées. Il était passionné par les civilisations anciennes, disparues  et “pré-COLO(N)mbiennes”, plus précisément méso-américaines et sub-sahariennes (récurrence du symbole de la fécondité et de la maternité avec une représentativité typiquement africaine). Chez lui, le graphisme n’est pas une finalité, c’est un support; il place “l’expression” au dessus de la “perception”.

Ces figures androgynes oscillant entre pictogrammes et idéogrammes ne sont pas sans rappeler les toutes  premières du genre, les fameux  hiéroglyphes égyptiens dans lesquels il puisait une profonde inspiration.

“Il n’y a rien qui me rende plus heureux que de faire sourire un enfant. La raison pour laquelle le bébé est devenu mon logo, ma signature, est que c’est l’expérience la plus positive, la plus pure que contienne l’expérience humaine. Les enfants personnifient la vie dans sa forme la plus joyeuse. Les enfants ne s’arrêtent pas à la couleur de la peau, ils sont libres de toutes les complications, de la vénalité et de la haine qu’on leur instillera peu à peu par la suite.”  K.H <3

Keith Haring for kids - I Am Sekhmet

Keith c’est aussi un engagement vis-à-vis des enfants qu’ il aimait et estimait plus que tout. Ponctuant ses journées de déplacement dans les hôpitaux (pour l’anecdote, il a réalisé la fresque de l’Hôpital Necker à Paris), il se rendait dans les écoles, sensibilisait les enfants à  l’art, en organisant par exemple des ateliers géants (avec notamment pour finalité l’exposition d’un drap de la taille de la statue de la liberté sur un building). Comme de nombreux autres artistes, il avait conservé toute l’ingénuité de ses jeunes années.

(Bah oui, pour le clip Rude Boy de Rihanna en termes d’imagerie z’ont été bien inspirés. Keith Haring et Grace Jones mesdames et messieurs (même que c’est Keith qui a pris la première photo) !

Keith Haring s’était donné pour mission de démocratiser l’art, démocratisation qui devait passer par la simplicité du trait, des messages instantanément compréhensibles par tout un chacun (ex : « Free South Africa ») et la réalisation d’artefacts commercialisés à moindre prix via ses boutiques, les fameux “Pop-Shop”  afin de les rendre accessibles au plus grand nombre.

Il s’est évertué à transcender les conventions de son milieu, fuyant les circuits traditionnels, notamment en customisant tous un tas d’objets gratuitement pour des enfants, ses proches ou encore ses rencontres. Notre artiste peintre a secoué la fourmilière en causant des fuites dans le marché de l’Art contemporain alors en plein essor, quitte à se mettre les galeristes à dos. De véritables pièces  « collector » valant des dizaines de milliers de dollars échappent alors au marché de l’art, s’évanouissant dans la nature, tantôt sur le blouson d’un gamin, sur un skate…

Keith était un véritable activiste. Il s’est battu contre la désinformation des masses et a dédié sa vie entière à la lutte contre l’homophobie, le colonialisme, le SIDA, le racisme, les droits de l’enfant et beaucoup d’autres causes encore (nucléaire…).

J’ai toujours été bouleversée par l’histoire de cet éternel enfant (au sens le plus pur du terme) qui faisait preuve d’un rare altruisme et qui a été fauché par le SIDA a seulement 31 ans. Il souhaitait un enfant plus  que tout et a épanché sa soif de paternité contrariée en semant ses messages d’amour et de solidarité par delà les frontières. Keith Haring

J’ai été émue aux larmes en touchant d’aussi prêt les trésors de ce virtuose qui a mit de la couleur dans mon enfance. J’en ai profité également pour ramener quelques « miniatures » de quoi compléter un peu ma collection (un culte je vous dis !) . Je prends toujours un plaisir pas possible à ramener toutes ces petites choses  générant une atmosphère gaie et créative. Les bénéfices reviennent à la fondation fondée par Keith Haring peu de temps avant sa mort, elle a pour objet la lutte contre les sida et l’aide aux enfants .

Si vous êtes arrivés jusqu’à ces lignes, vous l’aurez compris ce post c’est un peu mon ode à son héritage et je vous invite plus que vivement à aller voir cette expo. Y’a pas à dire Keith, c’était vraiment un chic type.

Radiant Baby, Keith Haring - I Am Sekhmet


PS : Le Musée en Herbe est un musée initialement conçu  pour les petits, alors, à moins d’y aller avec un bambin, je vous conseille les visites adultes (avec apéro) du jeudi soir. Il y a une partie des œuvres d’art datant de la dernière partie de sa vie qui n’y est pas exposée car plus sombre, plus pulsionnelle. Elle traite souvent de la sexualité et de la mort et ne devait, suivant les dispositions testamentaires de Keith, ne jamais être exposée aux enfants.

Les hiéroglyphes de Keith Haring au Musée en Herbe, 21 Rue Hérold, 75001 Paris, du 12 mars au 31 décembre 2011

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