Chanel – Frank Ocean

 

My guy’s pretty like a girl and he got fight stories to tell. I see both sides like Chanel. ” Frank Ocean

Frank Ocean a dévoilé Chanel un morceau Rythm & Blues mélancolique, dépouillé et lancinant il y a deux semaines, et mon amour pour ce qu’il nous offre est exponentiel.

Frank c’est un griot, un observateur  bien dans son époque. Sa musique est très poétique. J’aime l’aspect narratif de ses chansons à l’atmosphère nuageuse, ses mélodies montées à la manière d’œuvres cinématographiques. Et puis  il a cette manière de déclamer ses vers en trainant du pied. Je me délecte de l’entendre accentuer certains sons puis d’en machouiller d’autres avec ces relans d’accent typiquement créole de la Nouvelle Orléans.

” I see both sides like Chanel ” : Fluidité de genre et expectatives sociales

Chanel bouscule à grands coups de métaphores les archétypes de genre et les carcans hétéro-normatifs. Ainsi, dès le premier couplet, son gars y est décrit comme étant ” beau comme une femme ”  certes, mais sans que cela ne l’empêche d’avoir des histoires de bastons à raconter.

Chanel explose les archétypes de genre et les carcans hétéro-normatifs. #Chanel #FrankOcean Click To Tweet

De même, l’on retrouve cette fluidité dans le rapport au genre dans la video de Nikes, morceau phare de son album Blond(e) sorti en aout 2016 :

Frank y porte de l’eye-liner noir sur les yeux et des paillettes tout en revendiquant sa passion pour les grosses cylindrées.

Des dynamiques sociales complexes

Police think I’m of the underworld,
12 treat a nigga like he 12 !

Toujours dans ce premier couplet Frank évoque le profilage racial  subi par les femmes et les hommes noir-e-s. Ce qui du fait de sa situation sociale entre directement en écho avec le ” I see both sides like Chanel ” scandés dans les refrains :

Frank se roule dans les tunes, c’est un artiste acclamé, sa réussite professionnelle est incontestable. Et pourtant ça ne l’empêche pas d’avoir des déconvenues avec les forces de l’ordre et d’être considéré comme un vulgaire voyou par la Police qui s’adresse à lui ” comme à un gamin de 12 piges ” . Frank est riche, mais il reste en premier lieu un Noir face à un interlocuteur raciste.

L’opulence matérielle même la plus extrême n’est pas un rempart efficace contre le racisme (et ce n’est pas Oprah Winfrey qui pourra dire le contraire).

Frank voit des deux côtés, à l’instar de l’emblématique logo Chanel et de ses deux C qui se tournent le dos. Les privilèges liés à l’opulence ne le préservent pas des discriminations.

Une masculinité réinventée

Les notes de piano s’égrainent. Un peu plus loin, il chante désabusé cet autre contraint de ” jouer les hétéros ” (” acting straight “). Il parle de compromis forcés liés au poids des normes sociales, de cloisonnement des genres qui étouffent les personnes qui n’ont pas le privilège d’être bien au carré dans la boite. A bien y regarder , ça ressemble plus à une critique d’un virilisme suffocant plutôt qu’à une apologie de la masculinité clichée.

Pour autant Frank Ocean s’est toujours refusé à labelliser sa sexualité. Dans ces conditions, c’est cette dualité glissante qu’on retrouve mise en image sur  l’artwork qui accompagne le single.  Un Frank pluriel, les paroles de Chanel morcelées, insaisissables sur fond blanc.

 

Vous aimerez peut-être