Réflexions sur l’Amertume

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Heart of Figures – Keith Haring <3

 

Le ressentiment et l’amertume sont des sentiments à traiter avec la plus grande attention. Les tréfonds que les gens explorent à cause de ça sont souvent le théâtre de spectacles tristes et malaisants. Nous sommes prêtEs à projeter une piètre image de nous même, à écorner la Persona, à emprunter des chemins en contrebas de notre moralité, à sacrifier des principes fondateurs de notre personnalité pour permettre leur libre expression. C’est un piège.

Nos pires bassesses, les élans de toupet de façade, nos démonstrations les plus pathétiques et ridicules de préservation de l’égo siègent souvent dans l’amertume non gérée et sont des freins à la croissance personnelle. On peut s’élever au dessus de ça, j’en suis convaincue. Je n’ai pas de solution miracle mais je pense qu’il faut savoir traiter le Mal à la racine avant qu’elle ne pourrisse (ver-ba-li-ser/décrocher son téléphone/demander une entrevue/hurler à la lune peu importe) quand cela en vaut la peine. Si tel n’est pas le cas on peut observer le fiel naissant tel un mouvement intérieur fugace, expirer… et lâcher prise

Faire une cartographie de nos émotions peut être utile. Pourquoi je ressens ça ? Pourquoi je m’accroche à ce sentiment? Qu’est-ce que ça cache? Qu’est ce qui est heurté en moi? Où est-ce que j’ai mal? Dans mon coeur ou dans mon ego? Les deux? Ai-je été mal considéréE, blesséE, calomniéE, percéE à jour dans mes failles et ma vulnérabilité ? Suis-je pleinement honnête avec moi-même ? Avec mon Autre?

Les ruminations sont stériles, en tant que ramifications venimeuses qui empoisonnent la psyché humaine, on n’en tire jamais RIEN de bon.C’est comme le Coca, un acide qui nous ronge de l’intérieur.Il faut s’en débarrasser, vite. La colère brute peut quant à elle peut avoir son utilité. En effet, les modifications tant mentales que physiologiques qu’elle engendre nous poussent à agir. On la retrouve comme élément moteur de l’indignation collective, au coeur des enjeux sociétaux.Le seum c’est le combustible indispensable qui pousse à l’action face aux injustices, aux oppressions et aux inégalités globales. En revanche, il est plus difficile de lui trouver une utilité dans les relations interpersonnelles.

Parfois les gens ne disposent tout simplement pas des ressources nécessaires à un moment -M- pour appréhender objectivement une situation donnée. Le temps fera alors son oeuvre.
Pour ma part, j’ai tendance à sur-décrypter des banalités (c’est ma Maman qui le dit alors ça doit être vrai), à investir des interactions anodines avec une lecture analytique souvent jugée dispensable par mes
interlocutrices/teurs, ce qui n’est pas sans causer un certain nombre de heurts et d’incompréhensions. Mon hyperesthésie, l’amplitude des émotions ressenties génère alors chez moi des colères revanchardes, des feux
pugnaces qu’il m’est difficile d’éteindre. Pour ces occasions, j’ai d’ailleurs dans ma besace, quantité de messages sibyllins qui pourraient s’avérer DEVASTATEURS. (Je suis une championne à ce genre
de jeux, faut pas trop me chatouiller. Et surtout pas trop longtemps.)Mais au final à quoi bon? Il faut savoir prendre de la hauteur, cheminer vers quelque chose de plus constructif en faisant appel à la compassion qui siège en nos coeurs. Dans certaines situations, il est plus fructueux d’honorer ce qui nous rassemble plutôt que d’alimenter les dissensions. Pour moi la quête d’une équanimité toute relative à travers certaines pratiques mentales n’est pas une fuite en avant mais un impératif pour éviter l’obsolescence trop rapide d’un cerveau sensitif et bouillonnant.

La vie est un cheminement à travers une succession de collisions, qui sont autant d’occasions de mutation. On peut dévier l’énergie de ses impacts pour grandir et apprendre ou pour nourrir nos (in)certitudes.
S’arcbouter dans des postures d’évitement enfantines, blâmer les autres pour les frustrations inhérentes à nos propres inconsistances et limitations est une voie sans issue. Il est possible de recycler cette énergie
délétère en une perspective d’évolution par l’introspection plutôt que d’arroser l’égo en sachant que le prix à payer pour ce confort fragile et éphémère est la noyade de l’Esprit.